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Chine en stock

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10 octobre 2014

Bouquet final : la vie animale à Shanghaï

Un peu de répit ce matin. Nous envisageons sans fausse honte de faire baisser notre performance touristique et de n’avoir que des ambitions de visites limitées. Pas de train à prendre, pas de partant pour Pékin, nous prenons notre temps. Aujourd’hui, notre découverte sera animale : nous allons au zoo. Avec un but bien précis, voir des pandas. Bien sûr, nous nous sommes renseignés, il y en a. Le métro est encore ce qu’il y a de plus simple plutôt que d’essayer de prononcer correctement son adresse au chauffeur de taxi. Un mauvais accent sur une syllabe et c’est l’incompréhension garantie.

Activité normale dans le métro à Shanghaï.

Le rush du matin est passé, nous sommes tranquilles. Nous achetons nos tickets aux bornes automatiques, facile. Surprise à la correspondance. Pour rejoindre notre ligne, il faut sortir. Deux d’entre nous passent sous les tourniquets tandis que le troisième se retrouve sans ticket puisqu’à la sortie ils sont avalés. Nous devons sortir du métro, marcher dehors avant de plonger de nouveau dans les entrailles de Shanghaï. Ceux qui ont des tickets vont au service center où une charmante jeune femme nous ouvre le portique après avoir vérifié nos billets. Le troisième voyageur est contraint de racheter un ticket et de repasser le contrôle de sécurité.
 

Jardins du Zoo de Shanghaï.

Oh miracle ! L’entrée du zoo est exactement à la sortie du métro. Du jamais vu ! Après avoir acquis un plan à 1 yuan (12 centimes d’euros), nous repérons l’habitat des pandas et activons nos jambes. Nous hésitons à nous arrêter pour voir les autres animaux, mais puisque nous sommes là, autant en profiter. Tout commence en extérieur avec des poissons aux yeux globuleux qui tournent en rond dans des aquariums en cylindres. S’ils ne sont pas fous à la fin de la journée… Trois autruches  lèvent fièrement leur tête, heureuses d’être le centre de la cible voyeuriste. A côté, des émeus couchés dans l’herbe, sont à peine visibles. Les appeler pour qu’ils se lèvent provoque l’effet inverse.

Cygne à cou noir.

Cygne noir.

Nous sommes dans la zone aviaire. Des faisans cuivrés, argentés picorent le sol. D’autres, multicolores, se reposent dans des trous creusés dans le sol. Un paon montrant sa roue fanée avance telle une danseuse vers une gamelle pleine de verdure sous le regard totalement indifférent de la femelle à laquelle cette roue était destinée. La plupart des flamands roses dorment sur leur jambe. Un miroir les démultiplie, mais ils sont en réalité assez peu nombreux. Sur une grande pièce d’eau, cygnes blancs et noirs, pélicans cohabitent sans difficulté.

Atterrissage maîtrisé d'un pélican.

Les pélicans sont énormes, leur vol gracieux et leur atterrissage très maîtrisé. Quand ils ne sont pas dans l’eau, ils se nettoient sur le bord. Toilette vigoureuse et soignée, les moindres recoins sont visités.
 
Dans des volières, toucans, chouettes, perroquets, aras, calaos sont très calmes. Certains dorment, d’autres marchent à l’envers le long des grilles. Un très grand espace grillagé accueille aigles et vautours. Quand on a vu ces oiseaux voler très haut et très longtemps dans le ciel, on se dit qu’ils doivent être bien malheureux. Savent-ils d’ailleurs encore voler ? Le zoo est immense. Les espaces sont très fleuris, des papillons en plastique descendent en grappe des arbres et des papillons de fer sont plantés dans les massifs de fleurs. Un vrai effort de décoration a été fait. A tel point qu’on se croirait parfois dans un jardin botanique.

Nous quittons les oiseaux pour les carnivores. Nous approchons du panda. Suspense, suspense. Un tigre du Bengale va et vient dans son enclos. Il ne décolle pas du mur de son habitation d’hiver. Nos estomacs sont creux. Mais le panda est tout proche. Mieux vaut d’abord aller le voir et manger après. Nous serons bien inspirés. Un panda géant est affalé sur son estrade, la tête pendant dans le vide. Il se lève, fait un demi-tour et repose son corps nonchalant. Le but de notre visite est atteint, nous avons l’esprit tranquille. Toutefois, nous n’osons pas imaginer qu’il soit seul.

 

En face, un espace vide. Il faut passer côté intérieur pour découvrir trois petits pandas roux. Ils n’ont ni le même format ni la même couleur mais le même maquillage des yeux. Ils ne tiennent pas en place, font le tour de leur pièce que nous trouvons bien triste. Du carrelage vert pâle sur la moitié des murs, un sol en béton, un assemblage de quelques troncs pour les distraire. Nous retournons voir le géant. Il a été mis dans ses appartements, c’est l’heure de manger. Assis sur sa couche surélevée, il prend une branche de bambous et la décortique sans en laisser une miette. Il en mange 15 kilos par jour ! L’opération dure, il mâche lentement et assure le spectacle. Une fois rassasié, il se laisse aller, le dos vouté et le ventre proéminent. Les smartphones sont collés aux vitres et saisissent le repas du fauve que l’on a envie de prendre dans ses bras ! Mais à bien regarder ses griffes, nous le préférons séparés de nous. D’où lui vient ce capital sympathie ? Sa tête dodelinant, son épaisse fourrure, son corps mou en font une peluche idéale. Il a toujours l’air heureux et satisfait. Un ami qui vous veut du bien.

 

Un peu plus loin, un autre enclos est réservé à deux autres énergumènes. Un peu moins grands que le panda noir et blanc, beaucoup plus grand que les petits pandas roux qui s’agitaient dans leur enclos, couleur châtain et eux aussi avec leurs sept zones noires, ils ont une allure parfaitement tranquille. L’un d’eux est allongé sur le dos, croquant son bambou à pleines dents. L’autre est hyperactif. Il monte et descend une échelle inclinée à 35 degrés, vient voir son colocataire, repart et finit par se poser à l’entrée de la partie intérieure. De temps à autre, il se frotte le derrière contre un bout de tronc. Nous en avons assez vu. A notre tour de manger. L’offre est médiocre à l’intérieur du zoo, mais le restaurant a été très judicieusement placé près des pandas.

Les Chinois viennent aussi pour eux. Ils sont en extase comme nous. Après le repas, bien entendu, nous revenons saluer nos chouchous. Le panda géant est toujours en train de manger, dans une position qui affiche la satisfaction. Repu, il se déplace vers un coin de la pièce, monte sur une marche aménagée avec des troncs et se frotte le derrière contre le mur. Les marques qu’il laisse et les précédentes indiquent qu’il vient ici se nettoyer. Il doit en avoir assez, car il se couche sur le béton, le museau bien aplati. En face, les petits pandas roux sont sortis de leur habitacle et se sont réfugiés dans leur arbre. Nous avons les photos, les vidéos, en avant pour la suite.
 
Lions, tigres, pumas et hyènes préfèrent la sieste aux visiteurs. Qu’importe, deux ours assurent l’animation. Il y a beau y avoir un gardien, il ne dit rien quand les gens leur envoient de la nourriture. D’ailleurs, les gardiens sont apparus dans le quartier des pandas. La sécurité doit y être pour quelque chose. Ces ours ont un museau de chien. Ils sont laids et visiblement féroces. L’un fait le tour de l’enclos, l’autre se dresse sur ses pattes arrière en dessous de nous. Gueule ouverte, immenses canines bien en évidence, il éternue ! 

 
Les plus impressionnants que nous verrons ensuite seront les hippopotames et les rhinocéros blancs… devenus marrons à force de se vautrer dans la boue. Les hippopotames sont énormes, une tonne chacun. Deux sont en train de manger de l’herbe, le troisième batifole dans l’eau. Un Chinois s’approche. Il tient son enfant de 18 mois dans les bras, le pose sur la barrière. Les jambes de l’enfant sont au-dessus de l’hippopotame ! Un geste maladroit et le petit tombait sur le dos de l’animal, rebondissait et terminait dans la gueule du mastodonte qui n’en aurait fait qu’une bouchée ! Là encore, l’espace dont ils disposent est restreint.

Ours chien, attention méchant !

Mais ce n’est rien par rapport aux daims et aux cerfs. Ils font pitié. Beaucoup d’entre eux sont chétifs, comme les kangourous. Ils marchent sur un sol de dalles, pourquoi un tel traitement ? Quant aux éléphants, c’est la stupeur. Ils sont tous en intérieur, parqués dans des espaces de 30 mètres carrés au maximum et tenus à l’écart des visiteurs par deux couloirs d’environ 6 mètres de large. Pas de grandes baies vitrées, la lumière est faible, les journées doivent être longues. La curiosité humaine gagnerait à se limiter parfois. Les seuls animaux que nous snobons sont les singes. Trop ressemblants ?

Autotamponneuses sur l'eau.

Le zoo est aussi un parc d’attractions. Des manèges sont disséminés en plusieurs endroits et une pièce d’eau est réservée aux eaux-tamponneuses ! Chacune est équipée d’un moteur. Certains tournent sur eux-mêmes, d’autres font le tour du bassin et les derniers cherchent à percuter d’autres voitures !
 
Pour notre dernier dîner, nous restons près de l’hôtel. Plus chinois, ce n’est pas possible. La serveuse nous tend une feuille sur laquelle il faut cocher ce que l’on souhaite manger. Tout est écrit en idéogrammes ! Elle va être charmante. Elle dispose de quelques traductions en anglais sur un bout de papier. Nous sommes invités à venir en cuisine choisir nos ingrédients. Elle essaie de nous vendre son poisson, mais 4 à 5 énormes carpes entassées dans une bassine ne nous ouvrent pas l’appétit, bien au contraire. Prendre des œufs de caille avec des baguettes est toute une expérience. Pour le premier œuf, trois techniques : je pique ma baguette dans l’œuf, je porte la coupelle où sont posés les œufs à ma bouche et je pousse avec une baguette ou j’arrive à mettre l’œuf à cheval sur les deux baguettes et à l’amener jusqu’à ma bouche. Les œufs étant nombreux, la technique se perfectionne au cours du repas. L’un d’eux réussira à s’échapper des baguettes, à glisser sur la table pour finir par terre, ayant raté la poubelle de peu ! Entre bœuf, porc et légumes bouillis dans une marmite, nous faisons un bon dîner, le dernier du séjour.  
 
Entre temps, la lecture du China Daily nous apprend que Pékin est sous un pic de pollution. Des mesures vont être prises pour le sommet de l’Apec qui doit avoir lieu début novembre. Les chantiers de construction et de démolition seront suspendus, les voitures particulières pourront rouler en fonction de leur numéro de plaques. Les conditions de circulation seront identiques à celles appliquées pendant les Jeux olympiques en 2008. Aujourd’hui, les propriétaires de voitures ont pris l’habitude d’enlever leurs plaques pour contourner les interdictions ou éviter les contraventions. Nous souhaitons bon courage aux autorités. Ça, c’est la Chine !

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9 octobre 2014

Remontée du temps au Musée de Shanghaï

Ce matin, nous perdons notre guide. Il est temps pour lui de rentrer à Pékin où le travail l’attend. Départ en retard comme toujours lorsqu’il s’agit de prendre un train. Nous voici donc livrés à nous-même. Nous décidons de faire dans la visite culturelle aujourd’hui. Direction le Musée de Shanghaï.

Descente vers le métro.

L’organisatrice naturelle de nos aventures touristiques a, sitôt notre guide parti, repris son rôle historique et sans coup férir nous conduit à la bonne station de métro, nous fait changer au bon endroit, nous fait descendre là où il fallait et nous pilote à travers des sous-sols gigantesques directement parmi les innombrables sorties possibles vers la bonne issue de People’s Square, la plus grande station de la ville. Un vrai hub ! Châtelet-Les Halles à côté est un bourg ! Il y a 20 sorties, des commerces, des escalators et des couloirs à n’en plus finir. Et pourtant, tout est parfaitement indiqué en chinois et en anglais. Qui a dit que nous avions besoin d’un guide ? D’accord, c’était confortable, mais se débrouiller seul apporte des satisfactions.

Indications au sol dans le métro de Shanghaï.

Musée de Shanghaï.

Le Musée de Shanghaï se situe sur People’s Square, immense esplanade qui n’a pas d’équivalent en France. Tout comme les couloirs du métro que nous venons de quitter, la place agrémentée de beaucoup de verdure est très propre. C’est aussi très fleuri. Au même endroit sont regroupés le Musée d’urbanisme de Shanghaï, le Grand Théâtre et le Musée de Shanghaï dont le guide vante un nombre considérable de merveilles. L’entrée est libre, l’accès plus contrôlé qu’ailleurs. Un groupe de marins étincelants dans leurs uniformes blancs occupe une bonne partie du hall central. Ils se prennent en photo, nous les immortalisons, ils font un selfie avec nous et l’ambiance est à la détente, voire à la rigolade.

Vase céladon au Musée de Shanghaï.

Nous allons au premier étage, qui est en réalité le deuxième, puisque le rez-de-chaussée ici est considéré comme le premier. Le plus avide d’entre nous regrette déjà de ne pas avoir exploré les bronzes et les sculptures. Mais comme il faudra redescendre, nous les découvrirons bien entendu. Nous commençons par les porcelaines, poteries et céramiques. Sans le faire exprès, nous entrons par la sortie. Et sommes directement plongés chez les Qing. Au lieu de débuter par le néolithique, nous allons remonter le temps à l’envers. Finalement, ce n’est pas plus mal. Passer du très raffiné aux premières poteries malgré tout déjà élaborées permet de mieux mesurer le chemin parcouru. Tout nous paraît superbe. Les dessins sont subtils, le dragon omniprésent, les lignes délicates, les céladons puissants. Vases, théières, pots, oreillers (dur, dur de dormir la tête sur de la céramique), cruches, qu’ils soient décoratifs ou usuels, tous les objets nous émerveillent. Qu’ils aient traversé tous ces siècles est fascinant.

Peinture au Musée de Shanghaï.

A l’étage supérieur nous attendent calligraphie, peintures et sceaux. Les galeries sont dans la pénombre. Ce n’est qu’en approchant des vitrines que les lumières éclairent les œuvres. Moins exposées, elles sont mieux préservées. Nous ne sommes pas suffisamment experts pour apprécier la qualité des calligraphies, mais nos yeux se régalent. Côté peintures, tout ce que l’on attend des classiques est présent. La montagne, la brume, le pavillon perché sur les sommets ou à flanc de falaise, le personnage assis en bas de la montagne, ils sont tous là. Contraste permanent entre la puissance d’une nature convulsée et du détail intime qu’il faut trouver dans ce foisonnement de roches entassées. Un long rouleau représente des scènes uniquement avec des femmes dont certaines jouent au golf. Pour ce qui est des sceaux, nous n’en avions jamais vus de si petits et si fins. Plus les siècles défilent, plus ils deviennent imposants. Ils sont magnifiquement exposés, comme tout ce qu’il y a dans le musée. Il n’y a pas vraiment foule. Nous croisons quelques Français et surtout beaucoup d’Occidentaux. Un groupe d’adolescents en sortie assure l’animation sonore. Le seul moment où ils se taisent, c’est quand ils sont assis sur un banc à jouer sur leurs smartphones.

Galerie des minorités au Musée de Shanghaï.

Nous grimpons encore un étage. Maintenant, ce sont les arts des minorités. Beaucoup de costumes du Yunnan, quelques vêtements tibétains, des pièces de tissus prisées par les Miaos. Oh surprise, Taiwan fait partie des minorités, représentées par deux barques traditionnelles.

Jade au Musée de Shanghaï.

A cet étage, ce sont surtout les jades qui nous intéressent. La lumière dans les salles est faible, mettant bien les objets en valeur dans les vitrines. C’est une succession de raffinements. Entre les épées, les peignes, les boucles de ceintures, les colliers, les disques, les appareils photos ne font pas grève. Alors que les royaumes combattaient pour agrandir leur territoire, ils ont pu produire tant de délicatesse. Etrange contraste. Chaque niveau dispose de sa boutique. Nous ne craquerons que dans une seule, évitant soigneusement de passer devant les autres !

Bronze au Musée de Shanghaï.

Enfin, nous redescendons au rez-de-chaussée. La galerie des bronzes est très impressionnante. Les cloches sont imposantes, les récipients pour nourriture et liquides feraient de beaux objets de décoration pour nous, les motifs des vases sont déjà très sophistiqués. Nous ne ratons aucune vitrine, et même si nos jambes commencent à protester et notre estomac à se manifester, nous n’accélérons pas notre visite.

Tambour au Musée de Shanghaï.

Cette galerie se termine par des tambours dont la résonnance devait être assourdissante. Enfin, nous finissons par les sculptures. Bouddha et ses copains sont majoritaires. Certains de ses amis nous sont totalement inconnus, qu’importe, les statues présentées sont de toute beauté.

Nous sortons de cet endroit émus, le cerveau comblé, heureux d’y avoir consacré quatre bonnes heures. Et puisque nous sommes dans le culturel, restons-y. Les contrastes ne nous faisant pas peur, nous optons pour le Musée d’art contemporain, tout proche. Enfin, non loin du musée d’où nous sortons. Le Moca (Musée d’art contemporain de Shanghaï) n’est pas sur le plan chinois. Mais il est mentionné dans notre guide papier. Nous examinons scrupuleusement la voie la plus courte qui nous impose tout de même de traverser l’avenue du Peuple par un souterrain. Le bâtiment que nous pensions être notre musée est en réalité le Grand Théâtre. Elancé, parois de verre, aérien, résolument moderne, il a gardé une ligne traditionnelle avec son toit aux pointes relevées. Nulle indication pour le Moca.

Musée de l'urbanisme

Nous arpentons l’avenue dans l’autre sens jusqu’au Musée de l’urbanisme où nous demandons notre chemin. Le Moca se trouve dans le Parc du peuple, quelque part au milieu des arbres. Et effectivement, nous voyons un panneau indicateur qui nous amène devant un immeuble en verre teinté, engoncé dans la verdure, sorte de gros bloc impénétrable de l’extérieur. A sa taille, nous comprenons qu’il ne figure pas sur les cartes chinoises : trop petit !

Installation de Li Lei au Moca de Shanghaï.

Les expositions y sont temporaires. En ce moment, l’artiste déployé sur deux étages est Li Lei. Les premières œuvres ne sont pas convaincantes. Toutes appelées Shanghaï Flowers, ce sont des mélanges de couleurs un peu grossiers qui font mal aux yeux plus qu’ils ne les régalent. Ensuite, des bouts de tissus étroits descendent du plafond à la rencontre de cubes en verre remplis de chiffons de couleurs plutôt bien harmonisées.

Pour rejoindre l’étage, il faut emprunter une rampe de verre en courbe très élégante. Les peintures ont indéniablement eu Pollock comme inspiration. Elles sont plus légères que les premières, mais le style est répétitif et pas très original. Un dernier étage est consacré à la Joconde et plus spécialement aux enfants qui peuvent composer leur Mona Lisa à leur goût.

Nous avons mérité une pause. Assis sur un banc dans le parc, nous observons trois joueurs et une joueuse de cartes. Nous ne comprenons pas à quoi ils jouent. La seule chose dont nous sommes certains, c’est qu’ils mettent de l’argent. Ailleurs, d’autres joueurs sont attablés, attirant des spectateurs. Ce sont majoritairement des hommes. Tout près de nous, un sportif saute à la corde en poussant un cri régulièrement. Il était déjà en action quand nous sommes entrés au Moca.

Quartier de Tian Zi Fang.

Le séjour touchant à sa fin, il ne faut pas manquer Tian Zi Fang, quartier commerçant dans de petites ruelles. Hop, un taxi, un bout d’autoroute au milieu des immeubles modernes et nous y voilà. Le quartier est un peu comme Xi tian di où nous étions allés l’autre jour, mais il est plus vaste et plus varié. Beaucoup de magasins se ressemblent, les Tea House étant particulièrement nombreuses. Beaucoup de restaurants thaï cherchent à vous faire entrer, proposent de regarder le menu. Quelques artisans ont une offre originale. Dans les vêtements, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Il faut chercher, regarder et le hasard nous amène parfois à trouver ce que l’on ne cherchait pas. Une fois de plus, nous ne comprenons pas comment une telle densité de commerces peut faire vivre autant de gens. Ce soir, nous mangeons italien. Du classique par facilité et l’envie de rentrer tôt à l’hôtel. C’est fatiguant les vacances, finalement !

8 octobre 2014

Délinquance, trahison et disparition : pour Suzhou tous les vices sont permis

Une nouvelle aventure aujourd’hui. Nous reprenons le train pour aller à Suzhou, à 50 km de Shanghaï. Nous devons retourner à la gare par laquelle nous sommes arrivés. Nos billets ont été réservés par Yunxuan. Les Chinois retournent au travail et ça se voit tout de suite dans le métro. Pas une marche de disponible dans les escalators et la foule, compacte, avance en mode automatique vers sa ligne de métro. La journée commence par un acte de délinquance. Nous avons pris nos billets au guichet automatique, l’un d’eux refuse d’ouvrir le tourniquet. Comme nous n’avons pas énormément de marge en terme de temps, le détenteur du ticket récalcitrant passe sous le tourniquet. Acte fermement dénoncé par notre hôte français qui craint les pires ennuis à la sortie s’il y a quelqu’un pour contrôler. Le trajet dure une bonne demi-heure dans de relativement bonnes conditions. Il y a du monde, mais nous ne sommes pas telles des sardines dans une boîte avec de l’huile.

Evidemment, le vilain billet ne fonctionne pas à la sortie. Flûte, ce ne sont pas des tourniquets mais des coupe-jambes ! Il faut être réactif. Le ticket d’une Chinoise manifeste aussi un dysfonctionnement. Elle change de sortie, il faut la suivre et passer juste derrière elle au risque de se faire tailler les jambes en deux. Elle ne comprend pas bien ce qui se passe. Nous sommes contents de notre entourloupe qui nous permet de garder notre ticket recyclable car il n’a pas été avalé par la machine ! Acte I, délinquance.

Gare de Suzhou.

Suzhou a beau ne pas être gigantesque, sa gare est un immense bâtiment devant lequel s’étend une vaste esplanade. En son milieu, une énorme statue de granit façonné au marteau-piqueur à la gloire d’un héros qui reste anonyme pour nous. Au fond se détachent des remparts, un bastion, une porte fortifiée et d’immenses douves annonciatrices du règne de l’eau dans cette ville.  Nous devons trouver le quartier que nous souhaitons visiter. Le café étant indispensable pour certains, nous nous attablons dans un… McDonald ! Impossible de pénétrer dans la gare sans ticket, seule cette enseigne est accessible en dehors. Acte II, trahison. Le McDo est boycotté depuis de nombreuses années par l’un d’entre nous qui y a vécu une petite partie de sa vie professionnelle.

Nous décidons de passer par l’office du tourisme pour y voir plus clair, les conseils de Yunxuan ne trouvant aucune correspondance avec notre guide papier. Nous sautons dans un taxi qui met cinq vraies minutes pour sortir d’un tunnel qui se prolonge à chaque tournant. L’office du tourisme a dû déménager, car nous ne l’avons pas trouvé !

Canal Pingjianglu à Suzhou.

Maison traditionnelle à Suzhou.

Qu’importe, nous prenons à nouveau un taxi et rejoignons le quartier signalé par notre guide. Suzhou est réputée pour ses canaux et, comme souvent, surnommée la petite Venise. De fait, nous arpentons Pingjianglu et basculons dans un autre temps. La ruelle est piétonne ce qui n’empêche pas les scooters de s’y faufiler en klaxonnant pour avertir de leur passage. Elle est bordée de magasins et de restaurants logés dans des bâtiments traditionnels qui ont conservé tout leur charme.

Transport non polluant à Suzhou.

Canal tranquille à Suzhou.

De petits bateaux vont et viennent sur le canal, pilotés manuellement, comme les gondoles à Venise. Promenade touristique uniquement. Les maisons de thé sont aussi très présentes, mais dès que l’on prend une rue transversale, nous sommes au cœur d’habitations. Quelques très belles demeures ont été transformées en musée ou galerie.

Musée dans une ancienne habitation.

Après avoir pénétré dans la première salle, nous mesurons la profondeur du bâtiment. Une cour, puis une autre salle, et encore une cour. Les photos nous laissent globalement indifférents. En revanche, quelques sculptures sont intéressantes. En particulier, un ensemble de fleurs de lotus en verre. L’ « immeuble » de la police invite à la découverte tellement il se distingue de son environnement, mais nous jugeons prudents de ne pas tenter d’y pénétrer.

Des fiancés viennent s’y faire photographier. Les codes sont totalement différents des nôtres et les poses nous paraissent très surfaites, mais chaque couple exécute sa partition comme le demandent les photographes. Il est impératif de se marier en Chine pour avoir des enfants. Une naissance dans un couple non marié entraînera la non-reconnaissance de l’enfant, donc l’absence de scolarisation, l’absence d’identité aussi. Ce serait un apatride dans son pays.

Jeune couple se faisant photographier.

Deux jeunes gens habillés en habits militaires nous intriguent. Impossible de savoir ce qu’ils fêtent. Les poses en tout cas témoignent de la croyance en un avenir radieux et d’une indéfectible solidarité : la jeune femme joue la grande blessée et le jeune homme la prend sur son dos avec une parfaite imitation de l’épuisement. Mais ce choix des costumes nous paraît curieux pour des jeunes qui n’ont connu Mao que dans les livres. Certaines femmes ont des allures qui ne passent pas inaperçues. Chapeau large, robe noire, démarche langoureuse, elles tranchent face aux groupes de gens âgés assis au bord de l’eau pour discuter. Ils sont habillés dans des couleurs ternes, le plus souvent du gris ou du bleu très foncé. Pour déjeuner, nous repoussons une gargote où le menu semble unique : pattes de poulet à toutes les tables qui sont mangées avec des gants en plastique tellement elles sont grasses. Très peu pour nous. La gargote ayant la cote, nous trouvons de quoi nous rassasier au bord de l’eau avec un assortiment de raviolis tous très bons. 2 ou 4 yuans pièce : 25 ou 50 centimes d’euros et c’est dans un quartier touristique !

A chaque carrefour, les pousse-pousse attendent le client. Ils cherchent les touristes, mais les Chinois les prennent également. Nous continuons notre promenade dans Pingjianglu. Un tronçon entier est consacré à la soie, vendue sous toutes ses formes. Certaines portions ne sont composées que de restaurants et les magasins de petites horreurs ne sont pas en reste. Elles sont toutefois disséminées tout le long du parcours.

Pavillon dans le jardin de l'humble administrateur.

Notre prochaine visite est pour le Jardin de l’humble administrateur. Humble, hum, hum. Construit en 1509, l’endroit s’étend sur 5 hectares. Il a été réalisé par un très haut fonctionnaire au moment de prendre sa retraite. Voltaire ne l’avait pas encore écrit mais comme Candide il voulait enfin cultiver son jardin après une vie très active. Comme le jardin Yu à Shanghaï, il est parsemé de pavillons, d’étangs, de bassins à lotus et de fontaines. Une forêt de bambous délimite le versant nord tandis qu’à l’ouest un jardin des bonzaïs se révèle être une merveille. Environ 700 bonzaïs de toutes tailles, de toutes formes et de toutes espèces se laissent admirer sans aucune surveillance alors qu’il y a là une immense fortune. Certains ont sûrement 200 à 300 ans et leurs formes laissent imaginer les centaines d’heures de soin dispensées pour arriver à un tel résultat.

Etendue de lotus au jardin de l'humble administrateur.

Un des pavillons présente de magnifiques poteries. L’envie d’en rapporter une est forte. Nous demandons les prix. Parmi celles qui ont nos faveurs, la moins chère vaut 50000 yuans (6250 euros) et la plus onéreuse atteint les 200000 yuans. Un Chinois qui parle anglais nous conseille de ne rien acheter à l’intérieur du jardin. On peut trouver bien plus beau et bien moins cher ailleurs.

Pavillon bleu au jardin de l'humble administrateur.

Le plus beau des pavillons est sans doute le bleu. Ses façades sont presque entièrement couvertes de vitraux bleutés. Faire une photo est compliqué au milieu d’un groupe qui écoute attentivement les explications de son guide. Il faut trouver le bon angle, éviter le pingouin sur la photo. Or quand un pingouin vient de libérer l’espace, un autre surgit. Bref, le temps de faire LA bonne photo, la photographe se retrouve seule au milieu des Chinois. Les trois autres Français ont disparu de son champ de vision. Passage à gauche, puis à droite. Rien à faire, ils sont invisibles. Ils ont dû prendre le chemin de la sortie. Acte III, disparition. Alors qu’un membre de la bande des quatre prend le chemin du retour, son téléphone sonne. La question fuse : « Où as-tu disparu ? » Vraie disparition : ce parc est un véritable labyrinthe. Il faut dire que c’est un classique. Nous décidons de nous retrouver à la sortie du jardin, or il y en a plusieurs. Le point de rencontre sera donc l’entrée du Musée de Suzhou, très proche.

"Taxi" qui attend son client.

Il est 17 heures, le jardin est fermé, le musée aussi et les vendeurs ambulants et fixes de la rue ferment peu à peu. Il faut dire que le jardin ouvre à 7h30. La nuit commence à tomber. Un dernier tour dans Pingjianglu et nous retournons à la gare prendre notre TGV bas de gamme pour Shanghaï. Il y a en effet plusieurs styles de TGV en Chine. Ils se reconnaissent à leur numéro. Il y les très chics, comme celui que nous avons pris entre Pékin et Shanghaï, dotée d’une classe business en plus de la première classe et les omnibus comme celui dans lequel nous montons. Mais il ne lui faut qu’une demi-heure pour rejoindre la grande ville alors que le train « normal » met une heure trente.

Esplanade devant la gare de Suzhou.

Après le hall des arrivées qui nous avait surpris par son immensité, nous sommes tout aussi étonnés de la grandeur du hall des départs. Le train s’est beaucoup développé en Chine ces dernières années et nombre de gares sont sorties de terre pour accueillir ce mode de transport. Ils en sont fiers et cela se voit. Notre arrivée se fait dans une gare différente de celle du départ. Nous laissons notre franco-chinois choisir le quartier pour manger. Ce sera dans la concession française où nous dégusterons un hamburger américain très savoureux. Encore une première pour l’un d’entre nous, à 75 ans et en Chine. Que d’aventures !

 

7 octobre 2014

Aïe, aïe, aïe, Shanghaï nous maintient éveillés

Shanghaï est vraiment très différente de Pékin. Moins étendue, mais aussi très grande, la ville offre une modernité qui n’existe pas dans la capitale. Elle semble tout de suite très dynamique et son architecture la démarque instantanément de certaines laideurs de Pékin. Il fait beau ce matin et la température est plus élevée qu’au nord du pays. Nous commençons notre visite par le Temple Jing’an. Comme il n’est pas très loin de notre hôtel, nous prenons le métro. Ici aussi, il faut passer ses sacs dans un scanner mais les Shanganais sont moins obéissants que les Pékinois : ils ne livrent pas le contenu de leurs effets personnels la plupart du temps malgré les injonctions du personnel. Nous en faisons autant.

Station de métro Jing'an Temple à Shanghaï.
 
Les tarifs sont plus élevés qu’à Pékin tout simplement parce que nous payons en fonction du trajet effectué. Les couloirs sont envahis par la publicité, mais une seule marque répétée sur des dizaines de panneaux lumineux, c’est un système certainement efficace. Vous avez pensé proche de la propagande ? Allons, allons… Sur le quai, un homme avec une chemise rose a un drôle de travail. Il siffle quand le métro arrive, siffle à nouveau quand tous les passagers sont montés et il agite alors un petit drapeau vert pour signifier que le départ est proche. Huit heures par jour… Et ça ne sert évidemment à rien. C’est dans ce genre de situations qu’on réalise que la Chine a le don d’occuper les gens. Tant qu’il y a une bonne dose de croissance, pourquoi pas.

 
Avant d’atteindre le temple, nous passons par un jardin où des couples dansent. Sur une table, chacun y a mis son thermos de thé. Le rythme est enlevé et chacun exécute les pas dont il a envie. Nous nous joignons à l’assemblée, provoquant l’admiration de certains et beaucoup de sourires. Le temple bouddhiste que nous visitons a été rénové il y a une dizaine d’années. Sa particularité est d’être situé au milieu de tours modernes.

Animation commerciale à côté du temple.

Jing'an Temple près des tours modernes.

Près de l’entrée, un car et une scène pour vanter les mérites d’une marque de produits de beauté. Trois jeunes filles vêtues légèrement se déhanchent sur une musique branchée, fascinant le public qui n’a pas résisté à s’arrêter. Il faut dire que la musique est assourdissante et comme il se passe quelque chose, l’attroupement est rapide. Le hall principal du temple est pourvu de 46 colonnes en teck de Birmanie, troncs d’une seule pièce de plus d’une quinzaine de mètres de hauteur et un mètre de diamètre et renferme un Bouddha haut de presque 9 mètres et fait avec 15 tonnes d’argent.

Offrandes brûlées pendant une cérémonie funéraire.

Moines assurant une cérémonie funéraire.
 
Dans une des salles latérales, une cérémonie privée avec des moines semble honorer deux défunts, dont les photos ont été posées sur l’autel. Chants, encens, la famille et les amis vont ensuite à l’extérieur. Ils déposent des cartons et des sacs aux contenus mystérieux dans un brûloir à encens ainsi que les deux photos des défunts. Tout brûle allègrement. Les moines forment une ligne parfaite et continuent de chanter. Chacun dépose une boîte, un sac, de l’encens et retourne dans la salle.

La publicité pour les grandes marques se confond avec l'architecture tradionnelle du temple.
 
Le contraste entre cette architecture traditionnelle au milieu de tours étincelantes a de quoi surprendre. Mais les Chinois n’ont pas peur de choquer. Comme nous l’avons constaté dans d’autres temples, la population est variée et les jeunes ont autant de ferveur que les anciens, si ce n’est plus. En sortant de Jing’an, nous prenons un café dans un Starbuck, appelé ici Simbake. Le traducteur ne devait pas être au mieux de sa forme ! Décidément, nous nous éloignons des chinoiseries en matière de nourriture.

Jardin Yu à shanghaï.

Tête de dragon au jarin Yu.

 
L’étape de l’après-midi, ce sera le jardin Yu. Avant d’y parvenir, nous traversons le bazar où les touristes viennent chiner. Nous nous faisons arrêter à de multiples reprises par des gens qui nous présentent des sacs Gucci en photo. Nous répondons invariablement : « Bu yao, bu yao (je n’en veux pas, je n’en veux pas). » Les magasins proposant des bijoux en or sont légion. Dragons ou Bouddhas peuvent peser jusqu’à 3 ou 4 kilos d’or massif. L’intérêt de ce « marché », c’est son architecture. De beaux bâtiments traditionnels joliment rénovés au milieu desquels il est plaisant de flâner.

Pavillon au jardin Yu à Shanghaï.

Jardin Yu à shanghaï.
 
Le jardin Yu est un dédale qui s’étend sur 2 hectares. Créé par de riches dignitaires de la dynastie Ming, c’est un très rare jardin classique où il fait bon se promener. Il date du XVIe siècle mais a été reconstitué à la fin du XIXe après avoir été saccagé par les troupes françaises. De multiples bassins où des carpes obèses attendent d’être nourries gracieusement, de la rocaille aux formes rêveuses, des pavillons où l’on lisait, se reposait autrefois. Des pins, des ginkgos et des camélias agrémentent l’ensemble qui n’a pas oublié de parsemer quelques magasins, nous rappelant que le commerce est roi en Chine. Curieusement, les touristes étrangers sont presque plus nombreux que les touristes chinois, lesquels préfèrent le bruit et l’animation du bazar à côté.

Quartier Xitiandi.

Cuisine où l'on prépare des beignets à la vapeur.

 
Les distances à Shanghaï étant moins importantes qu’à Pékin, la ville démultiplie nos envies de découvertes. La journée n’étant pas terminée, nous nous dirigeons vers Xintiandi, quartier moderne où bars et restaurants chics et branchés attirent les expatriés peu de temps après leur arrivée. Voir une serveuse chinoise habillée en Bavaroise est un brin étonnant et la cuisine proposée nous ramène en Europe immédiatement. Après une bière allemande, nous allons dîner coréen dans un centre commercial. En regardant une installation géante faite par Volkswagen, nous mesurons à quel point Paris est endormie. Ici, on ose.

Centre commercial patriotique.

Un centre commercial est en forme de boule sur laquelle des images défilent à l’extérieur. Une maison traditionnelle a été construite en haut d’un immeuble moderne. Pendant ce temps, à Paris, les écologistes veulent faire interdire la construction de la tour en forme de triangle porte de Versailles. Bien que nous terminions la journée en peu éreintés, toutes ces lumières qui brillent donnent envie de poursuivre l’exploration. Cette ville donne soif de découvertes, chaque carrefour réserve des nouveautés, la rue est pleine d’images en puissance, nous pourrions y rester indéfiniment. 

6 octobre 2014

Descente vers Shanghaï

Les vacances des Chinois ne sont pas encore terminées, mais nous quittons Pékin. Une fois de plus, nous prenons le TGV, cette fois direction Shanghaï. Notre guide préférée ne nous accompagne pas, elle doit rester pour régler des affaires. C’est notre compatriote qui va nous faire gagner du temps à Shanghaï où il a vécu un an. Pour notre départ, Yunxuan n’a pas manqué de nous laisser quelques cadeaux, comme si elle n’en avait déjà pas fait assez. Qu’importe, il faut accepter ces pratiques. A chaque nouvelle surprise, nous nous demandons comment nous allons la remercier. Il va falloir chercher des idées dès maintenant pour Noël, puisqu’elle devrait venir à Paris.
 
Le fonctionnement des gares et des trains n’a plus de secrets pour nous. En tant qu’étrangers, nous ne pouvons pas retirer nos billets à des bornes automatiques, il faut présenter les passeports à un guichet. Une fois de plus, le hall de la gare ressemble à un hall d’aéroport et pourtant la gare d’où nous partons n’est pas gigantesque. Le temps est beau, nous pourrons profiter du paysage.
 
Surprise au premier arrêt. Alors que le train repart, les deux conducteurs qui sont descendus se tiennent au garde à vous sur le quai face au train alors que celui-ci redémarre. Jusqu’ici, nous avions été épargnés par l’enfant jouant sur sa tablette sans casque ou le jeune adulte regardant un film dont tout le wagon peut profiter du son. Cette fois, derrière nous, une petite fille de 3 ans laisse son père tranquille en faisant éclater des bonhommes sur sa tablette avec un fond sonore répétitif, donc forcément insupportable. Ça c’est la Chine !
 
Nous retrouvons la même platitude que lors de notre trajet à Xi’an. Des cultures, des paysans au travail, des moissonneuses batteuses en action. Puis le relief est un peu plus accidenté. Nous nous arrêtons à Nankin, immense ville où des immeubles identiques sont alignés par dizaines. Après Nankin, nous traversons des petites villes où de petits bâtiments sont peints en blanc, ce que nous n’avions pas vu jusqu’à présent. Enfin, nous voyons des rizières, question de climat. Leur vert si caractéristique, si photogénique, remplace le brun clair des champs de céréales du Nord. Le train pénètre dans Shanghaï et met un bon moment pour s’arrêter. Tout de suite, la ville n’a pas la même allure que Pékin. L’immensité de la gare nous laisse pantois.
 
Après un déjeuner dans la gare, nous allons vers la sortie des taxis. Surprise ! La première sortie est fermée et quand nous arrivons à la seconde, la file d’attente est immensément longue. Pas question de tricher et de se faufiler, les gens avancent dans un couloir délimité par des barrières fixes. Il faut donc remonter toute la file pour faire le chemin en sens inverse. La bonne surprise, c’est que les taxis arrivent sans interruption. Donc les gens ne font pas du surplace. Nous devons marcher environ 300 mètres avant de progresser dans le bon sens. En réfléchissant, nous nous rendons compte que les Shanganais rentrent de week-end. Des personnes proposant des taxis cherchent à accrocher le client, pas seulement les étrangers. Ce sont des faux, évidemment, mais ils finissent toujours par convaincre quelqu’un qui est un peu pressé. Impossible pour nous de se lancer dans une telle aventure, nous payerions un prix totalement en dehors des tarifs officiels. Ce n’est pas comme à la gare du Nord à Paris : nous faisons la queue parce qu’il y a foule et pas parce que les taxis sont absents. Cela évite la déprime. L’observation des familles nous confirme une tendance déjà constatée ailleurs : beaucoup d’enfants sont en surpoids. Alors que les adolescents ont des lignes souvent fines, les plus jeunes enfants ont régulièrement de très bonnes joues, des bras enrobés et un corps trop important pour leur taille. L’effet de l’enfant unique que l’on gâte et de l’américanisation de la nourriture.
 
Nous réussissons à mettre nos valises dans un seul taxi. L’hôtel a été réservé par Yunxuan et son ami français le connaît bien puisqu’il y a séjourné. La ville lui est familière, la visite commence dans le taxi. Même si nous n’avons passé qu’une demi-heure à attendre une voiture, nous sommes en fin d’après-midi, le moment idéal pour une promenade sur le Bund. La nuit tombe dès 18 heures. Oui, ce sont vraiment les vacances.

La foule sur Nanjing Road.

A la sortie du métro, les trottoirs de Nanjing Road sont un fleuve humain. Et le Bund est bondé. L’accès est un peu compliqué. Le jeu consiste ensuite à trouver un emplacement pour admirer Pudong, de l’autre côté de la rivière. Attendre son tour en étant réactif est encore le meilleur moyen.

Pudong, vue du Bund.
 
Et là, on a beau avoir vu des images, c’est tellement mieux en vrai. Les ronds de la Tour de Shanghaï scintillent d’un rouge très national, le Décapsuleur, en lumières rouges lui aussi, la nargue de sa hauteur tandis qu’à côté une nouvelle tour en construction en forme de bouteille sera bientôt la plus haute tour d’Asie. Les Chinois n’ont pas apprécié que la Malaisie leur vole le record. Le ballet des bateaux pour touristes, très éclairés et sponsorisés, ne s’interrompt pas tandis que des péniches dans la pénombre remontent le fleuve telles des vaisseaux fantômes. Chacun suit sa route paisiblement. Les selfies et photos de famille sont la première préoccupation des Chinois, avant même de regarder le paysage. C’est plus important de rapporter la preuve de son passage sur le Bund que de regarder le Bund.

Détail de la plus célèbre tour de Shanghaï, mais détrônée dans sa hauteur.

Les lumières de Pudong trahissent la vivacité de Shanghaï alors que les immeubles historiques du côté où nous sommes nous ramènent à un passé prospère. Tous les bâtiments du début du XXe siècle ont été rachetés par des entreprises chinoises alors qu’auparavant il n’y avait que des étrangers.

Immeuble art déco du côté du Bund.

Immeuble art déco du côté du Bund.

Beaucoup d’Art déco et surtout un genre solide qui tranche avec les formes et les couleurs de la rive d’en face. On y trouve les archétypes de la construction des sièges sociaux européens des années 1900 à 1940, lignes rigides, matériaux de qualité. Mais ils sont sinisés à coups d’idéogrammes, de drapeaux rouges et de lions rugissants ou aimables  qui flanquent les portiques.
 

Deux oreilles de lapin lumineuses sur la tête !


L’objet futile du moment, c’est une couronne posée sur la tête avec deux pointes qui clignotent. On voit aussi des cornes et des oreilles d’âne, bien illuminées pour être sûr d’être vu. Comme nous commençons à en avoir l’habitude, les touristes occidentaux sont une paille au milieu de la foule aux yeux bridés. Nous faisons cette promenade tranquillement, découvrons avec stupeur une statue de Mao protégée par un arbre en nous demandant ce qu’il fait à cet endroit. Au bout de la promenade, un magnifique monument de béton blanc s’élance comme une flèche dans la nuit. A sa base un cercle sculpté au sens mystérieux, manifestement à la gloire des révolutions, mais est-ce celle du PC chinois ou celle de 1917, ou le passage de l’une à l’autre dans l’amitié sino-soviétique ?
 
Nous pourrions rester plus longtemps. Le changement de couleurs sur les immeubles incite à flâner. Et si nous avions raté quelque chose ? Quand il est temps de dîner, nous nous enfonçons dans une des rues perpendiculaires au Bund et y trouvons un bar à vins où nous nous régalons de tapas ! Petit cracking…

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5 octobre 2014

Dans les entrailles de la Grande Muraille

Nous avons été intraitables sur le déplacement à la grande muraille. Yunxuan a eu beau nous montrer des photos diffusées dans les médias chinois s’extasiant de la foule compacte entassée au point de ne pouvoir bouger, nous n’avons pas fléchi. D’ailleurs, ces photos étaient probablement de la propagande ! Départ à 6 heures du matin avec une voiture et son chauffeur, puisque les Occidentaux n’ont pas le droit de conduire en Chine. La circulation est fluide à cette heure. Nous sommes en deuxième zone. Alors que nous avons déjà franchi la quatrième zone, un panneau signale que la sixième zone est dans 18 km. Telle une toile d’araignée, Pékin n’en finit pas d’étendre sa puissance. Le ciel est bleu, le soleil se lève lentement. C’est  la raison pour laquelle nous avions choisi cette journée pour découvrir cette construction hors normes. Le matin, nous avons croisé un groupe de Français à l’hôtel. Ils n’ont rien vu de la grande muraille qui était plongée dans le brouillard la veille.
 
Il ne nous faut qu’une petite heure pour arriver à Mutianyu. L’achat des tickets nous laisse perplexe. Yunxuan, restée à Pékin, discute au téléphone avec notre chauffeur qui va nous chercher les tickets à un autre endroit que les guichets. Il paraît que c’est moins cher. Nous n’y comprenons décidément rien. Il faut d’abord prendre un bus. Un écran diffuse une émission en tous points semblables à « Nouvelle Star ». Pour être sûr de ne rien rater, un haut-parleur crache au-dessus de chaque groupe de deux sièges. Nous ne comprenons pas l’intérêt d’autant de bruit surtout pour un divertissement qui n’a aucun rapport avec ce que nous allons voir. Fini la ville, nous sommes entourés de montagnes verdoyantes. C’est parti pour la montée. L’arrêt est assez loin du lieu d’entrée. Cette fois, il faut encore monter, mais à pied, pour atteindre le téléphérique. Le site ouvre à 7h20, il est 7h45. Nous sommes assez fiers d’être les premiers conquérants de la journée.

Téléphérique pour monter à la Grande muraille.

Grande muraille à Mutianyu.


La grande muraille se mérite. Une fois sortis du téléphérique, des marches nous attendent  avant de fouler le mastodonte. Nous choisissons notre morceau de muraille en fonction du dénivelé. Emerveillés par cette folie, nous ne mesurons pas la difficulté qui nous attend. La muraille épouse le relief, serpente pour rejoindre les crêtes où ont été construits des bastions. Ça monte et ça descend, ça descend et ça monte. Le soleil continue de se lever, détachant le lacet de pierre sur la verdure environnante. Nous croisons quelques hommes en train de remplacer des pierres abîmées. Ils les apportent sur le dos, deux par deux. La plupart de ces ouvriers ne sont pas de la première jeunesse.

Grande muraille au milieu des montagnes.
 
Nous nous félicitons d’être venus si tôt. Pour la Chine, et surtout pour les vacances chinoises, nous pouvons dire qu’il n’y a personne. Une famille nous demande  de poser pour une photo avec eux. En position, exécution ! Notre regard est sans cesse captivé. Même si la portion que nous arpentons a été reconstruite, c’est un rêve que nous réalisons. La grande muraille est un de ces lieux mythiques, si lointain pour nos contrées et tellement accessible en définitive une fois sur le sol chinois.

Montée d'un tronçon de la Grande muraille à Mutianyu.
 
Nous sommes devant la montée la plus difficile. Un ensemble de marches doit nous emmener au bastion le plus élevé. En faisant des arrêts réguliers, nous parvenons au sommet. Les dernières marches sont les plus redoutables. Effroyablement hautes, elles sont très abruptes. En évitant de penser à la descente, nous soulevons les cuisses et poussons un ouf de soulagement à la dernière marche. Une vendeuse de cartes postales, drapeaux chinois et boissons attend le touriste de pied ferme. Il faut imaginer les quelques centaines de mètres parcourus sur plus de 5000 km. C’est insensé comme entreprise. Le ciel est parfaitement dégagé. L’air que nous respirons est-il aussi pur qu’il paraît ? Nous gardons le souvenir de la pollution de Los Angeles portée par les vents jusqu’au Grand Canyon.

Ouvrier transportant deux dalles sur le dos.


Ouvrier remplaçant des dalles sur la Grande muraille à Mutianyu. 

Une fois à ce bastion, la muraille continue. Un panneau signale que la suite n’est pas ouverte aux touristes. Pourtant, les gens passent. Trois d’entre nous en font autant, pensant que le bastion suivant sera plus élevé et nous donnera une vue plus large sur la suite. Il n’en est rien. Il faudrait encore marcher longtemps. Nous profitons pleinement du paysage et du calme avant de rebrousser chemin. Les touristes commencent à arriver, mais ce n’est pas la densité que l’on nous promettait.
 

Reste de bastion à la Grande muraille de Mutianyu.


Vers 11h30, nous quittons l’endroit à regret. Après la descente en téléphérique, les magasins et restaurants nous attendent. Le traditionnel magnet est durement négocié, mais beaucoup plus cher qu’à Pékin, d’autant que nous n’avons pas notre négociatrice autochtone. Repas rapide à l’issue duquel certains repartiront avec les fesses humides : les sièges en velours avaient pris la pluie la veille et étaient restés dehors ! Et c’est au tour de notre Français de Chine d’être sollicité pour une photo aussitôt transmise que We chat.
 
Nous sommes dans les temps pour le retour à Pékin. Rrrrrr, rrrrrrr, le moteur de notre véhicule tousse. Les veilleuses sont restées allumées. La femme dans la voiture d’à côté a des pinces. Impossible de les brancher sur sa batterie enfouie au fond du moteur. Un attroupement se forme autour de notre voiture. La femme range son matériel. Une autre personne va chercher sa voiture et notre situation s’arrange. Le trajet pour retrouver Pékin durera une heure trente. On nous avait fait craindre des bouchons de plus de cinq heures !
 
Après une petite sieste, nous profitons du temps qui nous reste pour nous approvisionner au Carrefour. Soit il faut choisir en fonction des photos, sans savoir s’il s’agit de sucré ou de salé, ou il faut être accompagné pour avoir des explications et sélectionner les meilleurs produits au meilleur prix. Certaines vendeuses ont un masque en plastique transparent devant la bouche. Tenu par les oreilles, il ressemble à une seconde mâchoire. Le SRAS aurait-il laissé des phobies ? Nous avons déjà vu cela dans certains restaurants. Les caddies ayant conservé une taille normale (ce qui paraît tout à fait anormal par rapport à la taille du supermarché), la catastrophe sera évitée. Vinaigre, sauce de soja (oui, oui, il y en a à Paris, mais en acheter en Chine, c’est tellement plus exotique !), champignons séchés, gâteaux apéritifs, riz-couscous, bonbons, sauces piquantes, poivre du Sichuan et maquereaux en boîtes à défaut de trouver du serpent ou de la cervelle de singe… Et nous reculons devant les conserves de concombre de mer. On se croirait dans le XIIIe chez les frères Tang, sauf que grâce à notre amie chinoise, nous arrivons à percer les mystères des produits inconnus. Un dernier dîner de canard laqué car demain, nous quittons Pékin. Direction le sud : Shanghaï.

4 octobre 2014

Nous avons acheté du thé au "supermarthé"

Ce matin, nous partons à la recherche d’une veste typiquement chinoise. Quête plus ardue que prévue. Yunxuan nous ramène à Qian Men où les badauds sont très très nombreux. Les vendeurs à la sauvette crient pour écouler leurs objets très futiles mais parfois très marrants. Comme cette boule un peu visqueuse qui se jette sur le sol, s’aplatit et se reforme en boule ! Nous voyons aussi des autocollants patriotiques en forme de cœur que les vacanciers se mettent sur la joue. Et ils se promènent avec le drapeau chinois sur le visage !

Qian Men, drapeau chinois sur la joue.

Affichage vantant les mérites de l'armée.

 
Nous retrouvons un magasin dans lequel nous étions entrés. Les vestes pour femmes sont décevantes. En fait, ce sont celles pour hommes qui ont les formes et les couleurs traditionnels. Comme souvent, les vêtements de femmes ont gagné en fantaisie, pas pour le bonheur de toutes. Même les tailles les plus petites chez les hommes ne conviennent pas.  Quelques hésitations devant un manteau de soie matelassée mais le souvenir des Dupont/Dupond dans Le Lotus bleu nous arrête. Nous tentons le magasin d’à côté, même déconvenue. Retour sur l’artère centrale. Une veste avait attiré notre attention lors de notre précédent passage.  Perdu ! C’était pour la gente masculine. Mais à force d’explorer et d’expliquer ce que nous souhaitons, la vendeuse nous montre un catalogue avec un modèle qui serait dans nos goûts.

A notre grande surprise, elle quitte la boutique et revient deux minutes plus tard avec la veste. Essai, hésitation, le parme des broderies n’est pas une de nos couleurs préférées. Mais nous savons que nous n’aurons pas le courage d’explorer d’autres magasins. Nous faisons une tentative. Est-il possible de faire faire la veste avec une autre couleur ? Quelle question ! Evidemment, c’est possible. La vendeuse essaie de nous convaincre qu’avec le bleu ce sera moins joli, nous passons outre. Dans quinze jours, elle sera prête. La foule n’est pas moins dense à Qian Men et des dizaines de cars de touristes attendent aux abords de la zone. On nous a dit qu’il y avait eu 80000 visiteurs hier à la Cité interdite.

Magasin Sephora à Qian Men.
 

Jeune fille habillée de couleurs vives.


La météo étant certaine et pas très belle, nous prenons la direction de la rue du thé. Et hop, un trajet en taxi. C’est stupéfiant. Sur des centaines de mètres, des magasins proposant thé et tous les accessoires nécessaires sont alignés les uns à côté des autres. Théières, tasses, pot à thé, tables à thé, sacs de thé, tout y est. Deux immeubles de centres commerciaux sont également consacrés à ce breuvage équivalent à notre vin. Le Chinois sait reconnaître un thé comme nous savons reconnaître un vin. Il dispose de plus de thé qu’il ne pourra en boire dans sa vie, mais c’est un bien qui se transmet. Nous pouvons faire rêver avec nos caves à vins, les Chinois sont fiers de leurs caves à thé. Chaque thé dispose de son service. Pas question de mélanger le rouge avec le blanc ou le vert.

Magasin Carrefour et ses minibus à son effigie.
 
Nous entrons dans un magasin que Yunxuan connaît. Toutes les théières sont des objets uniques. Certaines valent 3000 euros. La pureté des lignes de certaines théières est éblouissante. Nous craquons devant une poterie… qui n’est pas à vendre. Yunxuan demande qu’on nous fasse la cérémonie. La jeune fille qui s’occupe de nous, impossible de lui donner un âge comme toujours, est un bloc de calme, de sagesse et de maîtrise. Ses gestes sont précis, délicats. Son regard est enveloppé de douceur, sa parole est rare et d’un niveau sonore proche du chuchotement. Elle nous fait respirer le thé que nous allons déguster. La température de l’eau est fixée en fonction du genre de thé. Elle commence par chauffer les minuscules tasses avec un peu d’eau chaude. Puis procède à une première infusion très rapide. Sa théière ressemble plus à un pot doté d’un couvercle sur lequel elle pose un doigt pour retenir le thé. Pas une goutte à côté des tasses. La deuxième infusion est un peu plus goûteuse. C’est la troisième que nous préférerons. De la quatrième à la sixième et dernière, le temps d’infusion est plus long. L’ensemble de la cérémonie dure une heure. C’est un peu comme une méditation. Nous nous sentons très apaisés en sortant. Alors que nous sommes sortis, Yunxuan retourne au magasin et en ressort avec une boîte du thé que nous avons goûté. Soyons clair, ça ne se fait pas de ne rien acheter quand on vous a offert une dégustation.
 

Supermarché du thé.

Brassage des feuilles de thé dans un magasin.

Thé en vrac.

Pyramide de thé.


Nous entrons dans l’un des immeubles pour y découvrir les accessoires. Ce sont surtout les tables qui sont impressionnantes. En marbre, en pierre ou en bois, beaucoup sont finement sculptées et les prix varient en fonction du matériau, de la forme, de la grandeur et du raffinement. La plus spectaculaire est dans un magnifique marbre blanc. Pièce maîtresse d’un salon de thé, elle doit faire 2 mètres de long et sa valeur avoisine les 100000 euros. Nous craquons pour une petite table en pierre au design très contemporain… avant de décider d’en faire cadeau à Yunxuan, elle aussi séduite. Ne sachant pas que la table ornera son intérieur, elle nous prend pour des fous de vouloir rapporter un tel objet en France ! La table pèse presque 9 kilos. Ironie de l’histoire, nos cartes bancaires ne fonctionnent pas dans ce magasin et c’est avec la carte de Yunxuan que nous payons ! Ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à ce problème. Nous sommes une goutte d’eau dans cet océan de touristes chinois et de Pékinois.
 
Le trajet retour se fait en bus, curieusement vide. Nous fendons la ville à bonne vitesse sur une avenue composée de 6 voies d’un côté et de 4 de l’autre, sans compter deux voies latérales dans chaque sens. Le délire. Nous terminons la journée dans un restaurant surtout connu pour être ouvert 24 heures sur 24. Le service se terminant vers 21 heures, cet endroit attire les tardifs ou les oiseaux de nuit souffrant d’une petite faim. Il est spécialisé dans les brochettes. Viande, poisson et légumes sont enfilés par genre, les huîtres sont gigantesques et proposées uniquement cuites. Nous prenons un peu de tout avant de regagner nos lits respectifs. Demain, nous nous levons très tôt pour arpenter la grande muraille.

3 octobre 2014

Du marché des antiquités à Beihai

Ce matin, nous nous prenons par la main. Notre couple franco-chinois est fatigué, nous leur donnons une demi-journée de repos sans solde ! En avant pour le marché des antiquités. Un taxi attend à la sortie de l’hôtel, il nous comprend sans problème… un peu aidé certes par l’adresse écrite en idéogrammes. Nous devons commencer à nous habituer aux distances pékinoises car nous trouvons que ce n’est pas loin de notre hôtel ! Ici aussi, il va falloir se résigner à ne pas tout voir et pour cela nous nous sommes fixés un temps maximum à passer dans ce dédale de stands.

Entrée du marché des antiquités.

Marché des antiquités.

Secteur des dessins et peintures au marché des antiquités.

 
Nous commençons par ce qui se trouve en face de nous. De minuscules stands proposent des peintures traditionnelles et des calligraphies. Quelques portraits de Mao, des chevaux courant dans les prés, des arbres en fleurs. L’espace est organisé avec des magasins des deux côtés et au milieu trois espaces protégés par un toit sous lequel s’alignent des centaines de stands et de vendeurs. Sous un des toits, les étalages sont à même le sol et les vendeurs assis sur un tabouret au ras du sol avec 50 cm2 pour bouger.

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Soulagement, la statue de Mao est en vente aux antiquités.

Sous un autre, de petites vitrines à hauteur de regard sont juxtaposées et souvent éclairées. La diversité des marchandises proposées est finalement assez réduite dans ces deux endroits. Bracelets et colliers en jade, bracelets en bois, bijoux entièrement bleus ou totalement verts, porcelaines, statues de Bouddhas. Seul le comportement des vendeurs est uniforme : ils sont tous hypnotisés par leurs smartphone. Nous n’en verrons que deux avec un livre.

Partie traditionnelle du marché des antiquités.

Phonographes en vente au marché des antiquités.
 
Du côté des magasins latéraux, le choix est supérieur et varié. Plusieurs exposent et vendent de vieux phonographes, appareils photos d’un autre temps, téléphones presque d’un autre siècle. Des améthystes somptueuses et également des blocs de jade finement sculptés. Des boules de cristal de roche étonnantes, de l’ambre à en perdre la tête et quelques échoppes où l’ivoire est honteusement en vente.
 
Dans la partie centrale, ce sont de vrais magasins organisés comme une galerie commerciale. Ils vendent des meubles. Souvent massifs, les « canapés » sont immédiatement rejetés pour leur dureté. En revanche, les armoires nous séduisent mais il faudrait agrandir l’appartement ! A l’étage, c’est tout autre chose. La plupart des échoppes sont fermées. Dans certaines, des vêtements militaires et les accessoires qui vont avec, dans d’autres, des statues de Mao en bronze ou en porcelaine. Quelques philatélistes, mais surtout un grand vide par rapport à l’ensemble du marché. Comme si ces genres étaient en perte de vitesse.

L'outillage traditionnel est devenu une antiquité.

Attrape-voleurs d'un policier au marché des antiquités.


Le nombre de promeneurs et acheteurs est proportionnel au nombre de stands. A l’entrée, un vigile compte les visiteurs qui entrent. Il a dans la main un drôle d’objet : c’est une pince pour attraper les gens qui seraient en infraction. Il peut les bloquer par le cou, la jambe ou le bras ! En scrutant quelques échanges, nous réalisons qu’il y a aussi de la vente en gros. Certains achètent des colliers par dizaines. Beaucoup de vendeurs nous paraissent jeunes. Nous restons étonnés du maintien de certaines croyances chez ces populations qui n’hésitent pas à briser tous les codes vestimentaires. Chacun porte son bracelet en bois ou son pendentif en jade qui préserve la santé. Dans une des allées, nous avons vraiment l’impression d’être au marché des antiquités : de vieilles portes, des lampions, du matériel agricole, de vieux tabourets…
 
Un espace encore plus grand expose des statues d’extérieur. Décoration pour le jardin, mais aussi de beaux lions pour mettre devant sa porte. Et de nouveau des vendeurs au ras du bitume, mais cette fois sous des parasols. Il y a autant de monde de ce côté. Et tous les jours, ça recommence. Rassasiés de ces millions d’objets, nous déjeunons à côté. Une nonne fait la manche en passant de table en table : « Contrefaçon », nous dit Yunxuan qui nous a rejoints pour le déjeuner.

Nous avons décidé que cette journée serait un peu plus riche en visites que les précédentes. Nous montons donc dans un taxi en direction de Beihai, le parc derrière la Cité interdite. Cette fois, c’est loin. Aux abords de la place Tian An Men, la police et la sécurité sont partout. Certaines rues sont interdites à la circulation, à la grande fureur du chauffeur de taxi. La foule qui pénètre dans la Cité interdite dépasse ce que l’on peut imaginer. Ce sont bien les vacances et Yunxuan préférerait rester chez elle plutôt que de côtoyer tous ses compatriotes. C’est du moins ce qu’elle fait habituellement pendant les fêtes chinoises. Mais au moins dans ce cas, elle choisit. Car en 2008, pour les Jeux olympiques, elle avait été priée, comme des milliers de gens dans son cas, de ne pas trop bouger de chez elle pendant une semaine parce qu’elle habite dans la zone relativement proche de Tian An Men. Les autorités incitaient les habitants de ces quartiers à faire des provisions suffisantes pour ne pas sortir de chez eux !

Parc Beihai.

 
Arrivés à Beihai, nous sommes priés de quitter rapidement le taxi. Il ne veut pas rester dans le coin et d’ailleurs refuse de prendre un client derrière nous. Et en plus il faut faire vite car il s’énerve ! La météo promettait de la pluie, elle n’a pas daigné descendre. En revanche, le ciel est resté brumeux toute la journée. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu envie des jardins de Beihai. Un détail révèle que les Chinois qui se promènent sont en vacances : tous portent des baskets ou presque. Pour les photos de chaussures extravagantes, il faudra repasser. Certes les coloris sont variés. Le rose est très fréquent, mais il y a aussi du jaune, du vert, du fluo ainsi que certains mélanges. Selfies et photos de famille crépitent.

Nettoyage intime en public !

Nous montons à la pagode qui domine l'île du lac. La montée est rude et la vue sur le lac bouchée par la végétation. Une femme nettoie les oreilles de son mari avec les branches de ses lunettes. C'est le spectacle permanent.


 Lac du parc Beihai.


Les jardins disposent d’un très grand lac sur lequel naviguent pédalos et bateaux électriques. Enfin, naviguent, disons que nous frisons les embouteillages. Il aurait suffi d’un seul rayon de soleil pour provoquer des accidents. Les plus surprenants sont ceux en forme de fleur de lotus qui ont en plus l’avantage de tourner sur eux-mêmes. Toutes les distractions sont bonnes. Il y a même un « bac » à auto-tamponneuses aquatiques ! Un seul véhicule y évolue, ce qui n’est pas très drôle.

Mur des neuf dragons.
 
Plusieurs pavillons se visitent et on se prend alors à imaginer l’empereur dans sa chaise à porteurs se reposant au milieu de cette verdure. Le plus impressionnant est le mur des 9 dragons. Long de 25 mètres, c’est un mur érigé contre les démons. De chaque côté sont sculptés 9 dragons. Mais il y a en a beaucoup d’autres petits. Leur nombre dépasse les 600. Le panneau explicatif informe qu’il n’existe que 3 murs de ce style en Chine. Tout à coup, nous sentons un peu plus de vide autour de nous.

Lac Beihai à la tombée de la nuit.

Le jour a commencé à tomber, les visiteurs se sont éclipsés. Nous prenons la navette fluviale pour traverser le lac et sortir du parc. Ce soir, nous dînons dans un bon restaurant. Nous allons une fois de plus additionner les modes de transport pour nous y rendre. Nous commençons par le bus, qui heureusement n’est pas bondé. Puis nous prenons un taxi et parcourons quelques kilomètres avant d’atteindre notre but.
 
Pas de gargote dans la rue ce soir, nous changeons de standing. Personnel en uniforme bien taillé et correctement ajusté, décor simple et classique où le bois est dominant, multiples salons privés à réserver pour un dîner au calme. Crevettes sucrées, champignons à l’allure de larges nouilles et au goût très subtil, carpes en demi-lunes dont il faut extraire le peu de chair avec les baguettes, tofu un peu trop pimenté pour nos palais, coquilles Saint-Jacques avec leur corail blanc. A 20h30, le service est terminé, la fourmilière de petites mains nettoient et rangent les tables. Pour la première fois, la note arrive jusqu’à notre table (d’habitude nous devons aller à la caisse pour payer). Elle paraît salée au premier abord surtout qu’on ne veut pas de notre carte de crédit. Nous sortons les billets. Mais quand nous faisons la conversion, c’est finalement raisonnable. Disons que nous avons déjà mangé pour 33 yuans pour quatre. Eh bien cette fois, nous sommes à 32 par personne. Ah pardon, 32 euros.

2 octobre 2014

1, 2, 3, nous allons au 798

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Soleil et ciel bleu sont de retour ! Revenus en taxi hier soir à l’hôtel, nous avons constaté, pour la première fois, que l’appartement dont nous sortions était effectivement très près de l’endroit où nous logions. Nous décidons donc de rejoindre nos hôtes en marchant jusque chez eux. Aujourd’hui, nous allons au 798. Kesako, diront certains. Cet ancien site industriel a été récupéré par les artistes dans les années 1980. Séduits par les faibles loyers et les grands espaces, ils ont peu à peu totalement colonisé l’espace pour le plus grand bonheur des autorités qui ne savaient que faire de ce lieu où les usines fermaient les unes après les autres. Bien sûr, l’arrivée de personnes un peu décalées en a effrayé plus d’un, mais petit à petit cette population a su se faire accepter et transformer l’endroit en un lieu très à la mode.

Une des entrées du 798.

 
Alors qu’en ce deuxième jour de vacances, les rues et avenues sont aussi calmes que la veille, le 798 est bondé. Pour y aller, nous multiplions les modes de transport. D’abord le bus, puis le métro et enfin le taxi. Dans le bus, ce n’est pas le chauffeur qui jette un œil sur la validation des tickets. Une seconde personne est installée près de la porte de sortie et s’assure que tout le monde a bien payé. Encore un de ces emplois qui ont disparu depuis si longtemps dans nos sociétés. Les grosses voitures de luxe s’agglutinent le long de l’allée principale : Porsche Cayenne, Porsche Carrera, Mercedes 360…

Ancien atelier d'usine reconverti en galerie.

Les murs extérieurs nous ramènent à l’industrie. Cheminées, grandes verrières, bâtiments en brique, conduits pour acheminer des gaz. A l’intérieur, des volumes quelquefois gigantesques laissant s’épanouir des genres artistiques variés que ce soit en peinture ou en sculpture. Mais, le 798 ce sont aussi beaucoup de boutiques sans intérêt. Dans les allées, des caricaturistes persuadent des promeneurs de poser. Les puristes vous diront que le 798 a vécu et que l’art se développe ailleurs. A force de succès, les loyers ont bien sûr augmenté, obligeant certains artistes à quitter les lieux.

Une allée du 798.

Bâtiments du 798.

Quelques galeries proposent des expositions intéressantes, dans des styles pastel souvent loin de nos codes et avec des références aux maîtres anciens évidentes. Loin de l’art, des magasins de vêtements chics alternent avec des vendeurs de poterie spécialisée dans le thé. Seule la galerie UCCA nous impressionnera. Artistes chinois et internationaux s’y côtoient. De grandes sculptures en verre saisissent tous les visiteurs, à la fois par leur dimension et aussi parce qu’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la technique utilisée par l’artiste.
 

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Les Occidentaux sont très visibles toute la journée. Quant aux Chinois, ils sont jeunes dans l’ensemble et leurs tenues forcent souvent le regard. Casquette ou bonnet rose, écorché de Mickey sur une robe, voilette sur un chapeau rouge, chaussures hautes et extravagantes, coiffures déstructurées, jupes plus que courtes. Nous croisons un bon nombre de femmes chinoises en couple avec des Occidentaux, l’inverse est beaucoup plus rare. Pour la première fois, notre déjeuner n’est pas chinois ! Pizza et pan bagnat font du bien aux papilles.

Dinosaures de Sui Jianguo.

L’art n’est pas seulement en intérieur, il est aussi dans les allées. Trois dinosaures rouges empilés les uns sur les autres et enfermés dans une cage font le bonheur des enfants. Un cheval géant argenté chevauché par un bébé brille sous les rayons du soleil, une demi-tête de Bouddha a été posée près d’énormes tuyaux. A la fin de notre périple, nous aurons exploré à peu près 25 % du lieu ! C’est assez frustrant de se dire qu’il reste tant de choses à voir pour chaque endroit visité.
 
Nous dînons dans un restaurant où nous commençons à être connus. Et surtout, pour la troisième fois, nous assistons au repas du personnel. Ils sont une trentaine en file indienne à tendre leur gamelle. Certains s’installent seuls à une table. La plupart s’assoient ensemble, mais chacun a le menton dans son bol et savoure ses nouilles et sa viande bouillie. Ça c’est la Chine !
 

1 octobre 2014

Fête nationale et immersion chez une vraie Chinoise

 
Après notre séjour un peu trépidant à Xi’an, nous décidons de démarrer très calmement la journée. D’autant plus que c’est la fête nationale en Chine. Nous voulons en profiter pour mettre le blog à jour puisque nous n’avons rien pu faire à Xi’an. Et là, quelle déception ! Internet ne marche pas ou si mal ! Disons que c’est pire par rapport à notre premier séjour dans la capitale. Impossible d’accéder à hotmail, les applications du Figaro et du Monde ne se mettent pas à jour. Le quotidien de l’après-midi a dû avoir des mots pas très gentils pour l’Empire du milieu, car le site web et l’application sont totalement inaccessibles depuis notre arrivée. Autrement dit, les dernières nouvelles qui s’affichent sont celles annonçant le retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique ! Et nous sommes loin d’être des manchots. Nous essayons toutes les combinaisons. Rien à faire. Nous nous résignons à utiliser l’ordinateur de l’hôtel : gloups, la page hotmail s’affiche immédiatement, mais il est impossible de taper quoi que ce soit dans le login ou le mot de passe. Aucune touche n’inscrit aucune lettre. Puissante la censure… et aucune envie de se s’assoupir avec le réveil démocratique des Hongkongais.
 
Un rapide tour dans la rue nous apporte la preuve que c’est bien un jour férié. La circulation est quasi inexistante, et les bruits de la ville ont miraculeusement disparu. Contrepartie désagréable : il y a très peu de taxis. Yunxuan est revenue sur les genoux de notre séjour à Xi’an. En plus de la fatigue, elle a attrapé froid. Nous lui donnons une journée sans solde et son ami français prend le relais. Pas de chance, la pluie a décidé de nous accompagner. Nous optons pour le Musée national des arts.

 
L’entrée est gratuite. En échange, il faut montrer son passeport. Fichage facile. Notre hôte français a tellement souffert pour obtenir son visa de résident qu’il préfère le laisser chez lui de peur de le perdre et de recommencer le parcours du combattant face à l’administration chinoise. Il se promène donc sans pièce d’identité. Il peut entrer au musée à condition d’écrire son nom et son numéro de passeport sur une feuille volante ! Les premiers tableaux que nous découvrons sont éloquents : nous allons assister à l’autosatisfaction de la Chine et de ses dirigeants. Depuis Mao jusqu’à Xi Jingping, tous apparaissent sur un tableau.

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Et quand il s’agit d’illustrer la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le prince Charles est représenté de côté baissant la tête tandis que Jiang Zemin se tient bien droit face au peintre, le regard fixe et sûr de lui. Les travailleurs sont aussi honorés, ils sourient et affichent un bonheur parfait. Ces tableaux sont pour la plupart immenses et représentent la majorité des œuvres exposées.

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On y voit aussi des tableaux modernes, dont plusieurs panneaux animés de néons très fortement inspirés de Morellet. Dans une pièce isolée, un texte sur l’art défile grâce à une vidéo et au fur et à mesure qu’il se déroule, il se délite, et les lettres tombent dans le vide se transformant en amas de neige par terre. Un immense photomontage de 12 mètres de long mélange le moderne et le traditionnel : un échangeur d’autoroutes côtoie un bâtiment traditionnel, les travailleurs des campagnes continuent leur tâches harassantes près des gratte-ciel. Le musée ferme à 17 heures. A l’heure pile, les gardiens annoncent la fermeture et nous invitent à rejoindre la sortie tout en éteignant les lumières. Le réalisme socialiste dans toute sa splendeur : travaux des champs, travaux des usines, muscles et sourires et de ci de là des couples dansant joyeusement après le riant devoir socialiste accompli. Il y a même la satisfaction éclatant des Tibétains accueillant les communistes à leur arrivée à Lhassa.

Il nous reste un peu de temps avant le dîner. Nous optons pour la déambulation dans un centre commercial où nous serons à l’abri de la pluie. Nous sommes à un carrefour dont chaque point cardinal est équipé de son monstre de la consommation. Celui que nous choisissons ne fait « que » cinq étages, mais il est réparti sur deux tours. Le circuit à l’intérieur permet de passer d’un immeuble à l’autre et donc de voir un maximum de magasins.

Affiche pour le 65e anniversaire de la République populaire de Chine.

Bien que ce soit l’équivalent de notre 14 juillet, tout est ouvert et globalement, nous avons trouvé beaucoup de commerces ouverts et vu des personnes travailler. Au rez-de-chaussée, une patinoire attire novices et patineurs expérimentés, y compris un bambin d’à peine 5 ans équipé de genouillères et d’un casque fusant à la vitesse de l’éclair. Nous sentons comme une anomalie dans ce tableau. Aucune sensation de froid ne monte de la piste. A bien y regarder, les patineurs ne laissent aucune trace sur le sol. Nous en concluons rapidement qu’il s’agit de fausse glace, comme on trouve parfois de la fausse neige pour faire du ski dans des lieux inadaptés.

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Patinoire en fausse glace dans un centre commercial.


 
Ce soir, nous sommes invités à dîner chez nos hôtes. L’occasion de découvrir un appartement chinois. Pour pénétrer dans ce bloc de 20 immeubles, il faut un pass et chaque entrée est surveillée par un gardien 24 heures sur 24. A raison de 20 étages par immeubles, de 6 appartements par étage et de 3 personnes en moyenne par appartement, nous avons donc une petite ville de 6000 habitants rien que dans ce bloc. La lumière dans les parties communes est faible, comme partout en Asie. Les portes des appartements font penser à des portes de prison. Elles sont toutes blindées et en cette période de fête, chacun a mis ses décorations, à dominante rouge.
 
Nous retrouvons Yunxuan dont la santé ne s’est pas vraiment améliorée, mais en bonne Chinoise hospitalière elle tient à honorer son invitation. L’appartement a une superficie de 60 mètres carrés selon les normes chinoises. En réalité, il doit en faire 40. Les chinois comptent les fenêtres dans la superficie ! C’est donc un grand studio que nous n’aménagerions pas du tout de la même façon en France. Nous y aurions mis un canapé-lit pour gagner de la place en journée. Ici, un lit très large occupe la moitié de la pièce. En face, la télé pour un home cinéma au lit. La cuisine est dans la pièce principale avec ses éléments alignés les uns à côté des autres. Ce qui reste de pièce à vivre est séparé par un ensemble de tiroirs. Il dispose également d’un balcon-véranda qui reste un espace vide en dehors d’un fauteuil. On y a mis le linge à sécher. La salle de bains n’est pas plus petite qu’une salle de bains parisienne, mais au premier coup d’œil on ne voit pas de douche. Si, si, elle est là, simplement il n’y a pas de cabine séparée. Le pommeau est entre le lavabo et les toilettes.

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Après cette découverte instructive sur le mode de vie des Chinois, nous allons acheter des légumes au marché chinois. A l’entrée, un vendeur a étalé ses produits par terre. Il est le seul, tous les autres ont un stand. Les étalages ressemblent beaucoup aux nôtres. C’est plutôt nous qui sommes l’attraction ! Yunxuan fait ses achats, privilégiant tel marchand pour les œufs, vendus au kilo, et tel autre pour le tofu.

Commerçant rassemblant la recette de sa journée.

Côté poissons, les crabes sont entassés et se battent pour un peu d’espace. Le marché est sur le point de fermer. Un vendeur sort la recette de la journée d’un tiroir, il prend les billets à pleine main pour les entasser dans un vulgaire sac plastique. Scène inimaginable en France. L’ambiance est détendue. Un habitué des lieux, mains dans le dos, se promène en se débrouillant pour nous croiser et nous dévisager. Il fait lui aussi une découverte.
 

Entrée du magasin Carrefour.


Tout près, nous avons envie d’une autre attraction : le Carrefour chinois. A quoi peut bien ressembler un supermarché à Pékin ? C’est ce que nous avons envie de savoir. L’entrée est aménagée de telle manière que chaque client doit passer par une galerie commerciale avant de pénétrer dans le Carrefour. L’organisation est très américaine. Les rayons sont gigantesques et toujours très bien fournis. Des produits sont installés sur des palettes dans les allées donnant une sensation d’abondance. Ici et là, des rayons signalent des produits importés. Les prix des produits importés sont les mêmes qu’en France, mais parfois ils sont aussi beaucoup plus élevés pour des marchandises identiques, en particulier le vin. Certains rayons sont très impressionnants : le choix de vinaigres frise la centaine, les sacs de riz ont toutes les tailles, de préférence familiale, les bonbons forment un arc en ciel multicolore. Nous en profitons pour faire quelques achats mais savons d’ores et déjà où nous nous fournirons pour nos courses alimentaires d’avant le départ.
 
Le dîner préparé par Yunxuan est simple et tout à fait délicieux : tofu et brocolis cuits, oeufs en omelette mélangés à de la tomate, un peu de riz et de soupe. Tout est très parfumé. Et pourtant sa cuisine est petite et elle n’a que deux feux. Quand nous lui demandons si elle a un four, la réponse est sans appel : « C’est quoi ça ? Non il n’y a pas ! » Celui qui veut manger du canard laqué va au restaurant. De toute façon, les Chinois ne s’invitent pas les uns chez les autres, quand ils souhaitent manger ensemble, ils choisissent un restaurant. Notre hôte français qui dispose d’un VPN pour se connecter à Internet en évitant le parefeu chinois est dépité : ça ne marche pas et il n’a jamais vu cela.
 
Cette immersion dans la vie quotidienne pékinoise nous charme beaucoup. Nous avons l’impression de faire deux voyages en un. Sans compter que chaque déplacement donne lieu à des questions et nous amène à nous interroger en permanence. C’est parfois un peu fatigant mais tellement stimulant. Il y a les touristes… et les voyageurs.
 

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